4 morts à Gargenville : le procès de la vitesse et de l'inconscience
Cet accident épouvantable, sur la rocade de Gargenville, avait coûté la vie à deux motards, à un enfant de treize ans et au passager d'une voiture le 11 octobre 1998.
Le Courrier de Mantes
Publié le: 08 juin 2000
— La famille de Mario, la plus jeune des victimes, s'est exprimée à la sortie d'une audience très suivie.
La fatalité a parfois la main lourde, et l'horreur n'a alors plus de limites. Mais quand s'y ajoute l'inconscience de jeunes automobilistes, le bilan est terrifiant : quatre personnes - deux motards, le passager d'une voiture et un enfant de 13 ans - ont ainsi péri, dans la soirée du 11 octobre 1998, sur la rocade de Gargenville.
Ce soir-là, vers 20 h 20, un habitant de Fontenay-Saint-Père rentre chez lui par la rocade de Gargenville, de Porcheville vers Issou. Au volant de son monospace Chrysler, il sent soudain un choc et son airbag se gonfle. Il dit avoir “roulé sur quelque chose”, déclaration confirmée par l'enquête de la police sur place. Mais une expertise réalisée ensuite, dans le cadre de l'instruction, affirmera qu'il a percuté la moto. Le conducteur du Chrysler parvient à s'arrêter un peu plus loin, et deux corps sont alors inertes sur la chaussée : ceux des deux motards, Sébastien Besson, un Porchevillois de 29 ans, et Sylvain Aubert, 36 ans, de Maule.
La 205 et la R 19 faisaient la course
Les deux victimes sont-elles mortes ? On ne le sait pas, car le drame n'en est encore qu'à sa première phase. En plus de Francis Barros da Silva, le conducteur du Chrysler, et d'un de ses enfants qui sont arrêtés sur le bas-côté, trois enfants qui étaient dans les environs et ont entendu le bruit de l'accident se rendent sur les lieux, sans doute pour porter secours aux victimes. Ludovic, 14 ans, Franckie, 14 ans, et Mario, 13 ans, sont sur le bas-côté quand arrivent deux bolides.
Une Renault 19 (16 S) et une Peugeot 205 GTI semblent se faire la course et arrivent à toute allure. L'avocat du conducteur de la Peugeot affirme que son client, menacé par la R19 “qui lui colle au cul, pare-choc contre pare-choc”, a accéléré pour échapper à cette menace. Mais les parties civiles, rejointes par le procureur, soutiennent que les deux conducteurs “faisaient la course à fond de troisième pour tester leurs engins”.
Une expertise en cause
Toujours est-il que les deux bolides arrivent dans l'autre sens, d'Issou vers Porcheville à une vitesse, estimée par l'enquête et reconnue par l'un des prévenus, de 130/135 km/h. La 205 parvient à passer, mais ce n'est pas le cas de la R19 : en voulant éviter le premier accident, elle est déséquilibrée et son conducteur en perd le contrôle. Dans cette embardée, il fauche le jeune Mario, le tuant sur le coup, et va s'encastrer dans la pile du pont qui enjambe la rocade.
Le passager, Mehdi Arezki, un Gargenvillois de 18 ans, est lui aussi tué sur le coup. Le conducteur de la voiture accidentée, Guillaume Vail, 19 ans, lui aussi de Gargenville, souffre d'une fracture de la jambe droite. Il sera transporté à l'hôpital de Mantes. Quant à l'autre conducteur, Norman Tommeray, 18 ans, un jeune d'Issou qui conduisait la 205, il poursuivra sa route sans alerter les secours.
Vendredi, devant la sixième chambre correctionnelle du tribunal de Versailles, les acteurs de ce drame comparaissaient ensemble. Le procureur a reproché à Francis Barros da Silva “d'avoir provoqué la mort de deux personnes” (les motards, NDR), et a réclamé en plus de l'annulation du permis, trois ans de prison dont un ferme. “La route était éclairée, vous ne pouviez pas ne pas les avoir vus, et les dégâts sur votre voiture n'ont pu être provoqués que par un choc avec la moto qui roulait” a lancé le procureur. Ses avocats remettent en cause l'expertise “réalisée sur ordinateur, sans que les experts se soient rendus sur place ou aient vu les véhicules. Va-t-on dès lors rendre une justice virtuelle” ont-ils plaidé, affirmant que leur client “ne pouvait pas rouler à 140/180 km/h comme l'affirme l'expertise”.
Le procureur réclame jusqu'à cinq ans de prison
Au conducteur de la 205, le procureur reproche “de s'être livré à une course idiote” et de n'avoir pas porté secours aux victimes. “Vous êtes parti comme un lâche. Il n'y avait aucun risque à alerter les secours avec votre portable, comme vous l'a proposé votre passager, mais vous ne l'avez pas fait”. Il requiert l'annulation du permis et un an de prison dont six mois ferme. Son avocat explique la fuite par “la peur qu'a ressentie ce tout jeune conducteur face au terrible accident”.
Quant à Guillaume Vail, le procureur lui reproche “d'avoir provoqué la mort de deux personnes par stupidité et par jeu” (son passager et le jeune Mario, NDR). Il rappelle aussi qu'après avoir été placé en détention, puis libéré sous contrôle judiciaire et sans permis, le jeune homme “a de nouveau provoqué un accident et a pris la fuite”. Cet accident, en février dernier sans permis sur l'autoroute A15 dans le Val-d'Oise, lui vaut d'être en prison depuis deux mois. “La mort de deux personnes ne lui a pas appris la prudence. Compte tenu de son obstination, je requiers en plus de l'annulation du permis, cinq ans de prison dont trois ferme”.
Son avocate n'a pas plaidé la relaxe, mais a demandé la clémence du tribunal “car il n'avait pas conscience d'un tel danger, et était sûr de maîtriser son véhicule”. Elle explique la récidive par le fait “qu'il était pressé pour se rendre à son travail, car ce n'est pas un délinquant, bien qu'il soit incarcéré”. Le jugement a été mis en délibéré au 7 juillet.
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La douleur de la famille de Mario
“Je regrette qu'ils n'aient pas eu un geste, un mot, une lettre d'excuses. Je pense qu'ils n'ont pas de remords, qu'ils n'ont pas compris. Si on leur remettait une voiture puissante entre les mains, je crains hélas qu'ils recommenceraient”. D'ailleurs, un des deux a recommencé. Très digne à l'audience, Cécile Hacquel, la mère de Mario, n'a pas parlé de vengeance, mais a simplement demandé justice.
Installée à Mézières, cette famille de gens du voyage est venue nombreuse pour tenter d'exorciser la mort du petit frère, “qui était venu porter secours aux blessés, qui a fait son devoir de citoyen et qui en est mort” souligne l'avocate de la famille. “J'ai trois filles, et Mario était notre seul garçon, le cadet” ajoute Cécile Hacquel. “Il était bien élevé, il allait à l'école. Il était chez son oncle à Gargenville quand le drame est arrivé, et il s'est rendu sur les lieux de l'accident avec ses cousins”.
Sans un mot de trop, Cécile Hacquel déplore la récidive : “Ça n'a pas servi de leçon au chauffard, et d'ailleurs il a recommencé”. En plus de la prison ou des dommages et intérêts, elle estime qu'il faudrait “qu'ils accompagnent de temps en temps les pompiers pour se rendre compte des drames provoqués par la vitesse”.